Comprendre et parler de la mort
La mort fait partie de notre quotidien, qu’elle soit mise en scène dans les médias ou qu’elle frappe à notre porte de manière intime. Pourtant, elle reste l’un des derniers grands tabous de notre société. Comment expliquer l’inexplicable ? Comment mettre des mots sur cette fin inéluctable sans effrayer, mais en informant avec justesse ?
Pour aider à mieux comprendre et mieux accompagner ceux dont nous nous occupons, l’association Coactis Santé a conçu une bande dessinée pédagogique unique, accessible à tous : « Parler de la mort – La mort, c’est quoi ? ».
C’est quoi, au juste, la mort ?
La mort est avant tout un phénomène biologique naturel. Pour bien la comprendre, il faut l’observer à travers le prisme de la vie. Tout ce qui est vivant — qu’il s’agisse d’une plante qui pousse dans un jardin, d’un animal ou d’un être humain — suit un cycle immuable : la naissance, la croissance, puis la fin de la vie. Cependant, la mort n’arrive pas forcément à la fin d’un cycle, elle peut interrompre le vivant à chaque étape de vie.
Concrètement, la mort est l’arrêt définitif du fonctionnement du corps. Lorsqu’une personne meurt, son cœur cesse de battre et ses poumons cessent de respirer. Ce n’est pas comme un sommeil profond dont on finit par se réveiller. C’est un état permanent. La personne « ne fonctionne plus » : elle ne peut plus bouger, elle ne parle plus, et surtout, elle ne ressent plus aucune douleur. On utilise le terme de « défunt » ou de « personne décédée » pour désigner celui ou celle qui nous a quitté. C’est un point essentiel à comprendre, notamment pour apaiser les peurs : le défunt ne souffre plus.
Quand la mort arrive-t-elle ?
C’est une question que les enfants, mais aussi de nombreux adultes, posent souvent : Quand va-t-on mourir ? La réponse réside dans la fragilité et l’usure du vivant. Dans la majorité des cas, la mort survient à la fin d’une longue existence. Avec le temps, le corps vieillit, s’épuise, et finit par s’arrêter de fonctionner naturellement. C’est la suite logique du grand cycle de la nature.
Cependant, la mort ne prévient pas toujours et peut survenir à différents moments de la vie, ce qui la rend parfois si difficile à accepter. Elle peut être la conséquence d’une maladie grave que la médecine n’a pas réussi à guérir. Elle peut aussi résulter d’un accident brutal, d’un événement imprévu comme un accident de la route ou un incident domestique ou d’une défaillance soudaine comme un accident vasculaire cérébral (AVC). Plus rarement et plus douloureusement, elle peut être le fait d’un acte volontaire, le suicide. Quelle qu’en soit la cause, la finalité est la même, mais le chemin vers l’acceptation sera différent selon les circonstances.
Que se passe-t-il après le décès ?
Une fois que le décès est constaté, le corps du défunt fait l’objet de soins et de rituels qui permettent aux vivants de commencer leur travail de séparation. Puisque le corps ne fonctionne plus, on le prépare pour ses derniers adieux.
L’une des étapes concrètes est la mise en bière. On dépose le corps dans un cercueil, qui est une grande boîte, généralement en bois. C’est une étape symbolique forte qui marque le passage de la présence physique à l’absence. Parfois, avant les obsèques, la famille et les amis peuvent se recueillir auprès du défunt dans un funérarium ou une chambre funéraire. Cela s’appelle la veillée funéraire. C’est un moment privilégié pour dire un dernier « merci », un dernier « je t’aime » ou simplement “adieu” pour réaliser la réalité du départ.
Pourquoi ressent-on des émotions si fortes ?
Face à la perte d’un être cher, il est normal de traverser une tempête émotionnelle. Le deuil n’est pas un long fleuve tranquille ; c’est un processus complexe qui touche chacun différemment. La tristesse est souvent l’émotion dominante. Elle s’accompagne de pleurs, d’un sentiment de vide immense et parfois d’une grande fatigue.
Mais d’autres émotions, parfois surprenantes, peuvent apparaître. On peut ressentir de la colère : contre la vie, contre les médecins qui n’ont pas pu agir, ou même contre la personne partie. On peut éprouver de la peur face à l’avenir ou de l’angoisse à l’idée de devoir vivre sans l’autre. Parfois, on peut aussi ressentir du soulagement, notamment après une très longue maladie où le défunt a beaucoup souffert. Il n’y a pas de « mauvaise » émotion. Tout ce que l’on ressent est légitime et fait partie du chemin nécessaire pour apprendre à vivre malgré ce manque. On peut aussi ne rien ressentir au début ou avoir des émotions qui varient en fonction des jours.
Est-ce que la perte d’un être cher peut avoir des effets sur mon corps ?
Il est essentiel de comprendre que la mort d’un proche ne bouleverse pas seulement l’esprit, mais aussi le corps. Le choc émotionnel peut se traduire par des manifestations physiques bien réelles. Il est fréquent de rencontrer des problèmes de sommeil, comme des difficultés à s’endormir ou des réveils fréquents. On peut également observer une modification de l’appétit, allant de la perte totale d’envie de manger à un besoin de compensation. Le corps peut aussi exprimer sa souffrance par des douleurs variées : maux de ventre, tensions musculaires ou sensation d’oppression. Ces signes physiques sont des réponses normales du corps face à une épreuve difficile.
Comment parler de la mort avec ses proches ?
L’un des plus grands défis est de briser le silence. Souvent, par peur de faire mal ou de choquer, on préfère se taire. Pourtant, ne pas parler de la mort renforce l’angoisse et l’isolement. On peut hésiter à le dire à un proche, mais c’est important pour lui de le savoir. Il est essentiel de dire la vérité, avec des mots simples et clairs. Éviter les métaphores confuses comme « il est parti » ou « il s’est endormi », qui peuvent créer de faux espoirs ou des peurs inutiles (comme la peur de s’endormir).
Il est important d’oser poser des questions et de laisser les autres en poser. Il n’y a pas de question idiote. « Est-ce qu’il a froid ? », « Est-ce qu’il m’entend toujours ? », « Est-ce que c’est ma faute ? ». Répondre avec sincérité, même pour dire « je ne sais pas », permet de rassurer. Le dialogue est le meilleur outil pour traverser le deuil. Partager ses souvenirs, raconter des anecdotes sur le défunt, c’est aussi une manière de le faire vivre encore un peu parmi nous et en même temps une manière d’intégrer au fond de nous qu’il est définitivement absent.
Vers qui se tourner pour obtenir de l’aide ?
Apprendre la mort d’un proche peut être une épreuve très difficile. Il ne faut jamais hésiter à demander du soutien. Ce soutien peut d’abord venir de l’entourage proche : la famille, les amis, les voisins. Le simple fait d’être entouré, d’être écouté, permet d’alléger le poids de la tristesse.
Si la douleur est trop intense ou si l’on se sent bloqué, des professionnels sont là pour accompagner ce processus. Les psychologues sont formés pour aider à mettre des mots sur les émotions et à traverser les étapes du deuil. Il existe aussi des associations de soutien et des groupes de parole où l’on peut rencontrer des personnes vivant la même épreuve. En parler à son médecin de famille est également une première étape importante. Se faire aider n’est pas un signe de faiblesse, mais une preuve de courage pour continuer à avancer sur le chemin de la vie.
Vivre après la perte d’un être cher
La mort est une fin, mais elle ne signifie pas l’oubli. Parler de la mort, c’est aussi célébrer la vie. En comprenant les mécanismes biologiques, en participant aux rituels, en accueillant nos émotions, et en prenant soin de nous, nous devenons plus résilients. Garder le lien par la parole, c’est transformer l’absence en une présence différente, faite de souvenirs et de transmission.
Remerciements
Ce texte s’inspire de la bande dessinée SantéBD « Parler de la mort – La mort, c’est quoi ? », un outil pédagogique conçu par l’association Coactis Santé.
- Contributeurs : Cet outil a été élaboré avec la collaboration de Sarah Dumont (fondatrice de HappyEnd.life), Anne Dusart (psychologue et sociologue, spécialiste de la fin de vie et du deuil des personnes en situation de handicap ), Magdeleine Leroux (infirmière coordinatrice, Fondation Anne de Gaulle), Elisabeth Cataix (ergothérapeuthe, spécialiste de la communication alternative améliorée, membre du comité SantéBD), Sophie Lemarié (orthophoniste, spécialiste de l’autisme, membre du Comité SantéBD), Claire Convert, Laura Coliatti et Anne Charlotte Dambre (Coactis Santé).
- Illustrations originales : Frédérique
- Accessibilité : Le contenu de la BD respecte les règles européennes du « Facile à lire et à comprendre » (FALC), visant à rendre l’information sur la santé accessible à tous, y compris aux personnes en situation de handicap Il a été validé par le Bureau FALC de l’ESAT L’Envol supervisé par Anne le Bolu (Unapei34).